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Paracétamol pendant la grossesse : pourquoi l’étude danoise sur les filles n’impose pas de l’arrêter

Non, cette étude danoise ne dit pas qu’il faut renoncer au paracétamol pendant la grossesse. Elle observe chez des filles exposées avant la naissance des ovaires et des utérus un peu plus petits à trois mois, sans prouver que le médicament en est la cause. Relayés ces derniers jours en France, ces résultats appellent donc une lecture prudente.

En bref
  • Étude observationnelle sur 302 petites filles de trois mois, à Copenhague.
  • Écarts moyens relevés : 40 % de volume ovarien et 13 % de volume utérin en moins, 23 % de follicules en moins.
  • La fertilité future n’a pas été évaluée, et aucun lien de cause à effet n’est établi.
  • L’équipe de recherche le dit elle-même : pas d’alarme, et un avis médical avant tout changement.

Qu’a mesuré cette étude ? #

Publiée en septembre dans la revue Human Reproduction Open, l’étude COPANA a été menée à l’hôpital universitaire Rigshospitalet de Copenhague. D’après le communiqué repris par News-Medical, 685 femmes ont été suivies dès le premier trimestre, entre mars 2020 et novembre 2022. Elles signalaient leur prise de paracétamol toutes les deux semaines.

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Les chercheurs ont ensuite examiné 302 filles à l’âge de trois mois : 92 exposées avant 17 semaines de grossesse, 67 exposées à partir de 17 semaines, et 143 non exposées. Les mères ont pris des doses relativement faibles, sans jamais dépasser le maximum journalier de 4 000 mg, surtout pour des maux de tête ou des douleurs musculaires.

Quels écarts ont été observés ? #

En moyenne, les filles exposées avaient un volume ovarien inférieur de 40 %, un volume utérin inférieur de 13 % et 23 % de follicules ovariens en moins. Les follicules sont les structures qui contiennent les ovocytes immatures. Le taux d’hormone antimüllérienne, un marqueur de la réserve ovarienne, était aussi plus bas chez celles exposées tôt.

Un second groupe de 1 210 filles, suivies de la petite enfance à l’adolescence, va dans le même sens : utérus plus petit à la puberté et ovaires plus petits à l’adolescence. Selon l’équipe, ces observations rejoignent aussi plusieurs travaux menés chez l’animal.

Pourquoi ces chiffres ne prouvent-ils pas un danger ? #

Parce qu’une étude observationnelle montre une association, pas une cause. L’autrice principale, Margit Bistrup Fischer, l’écrit clairement : le travail n’évalue pas si le paracétamol cause des problèmes de reproduction, et n’apporte pas de preuve d’un effet sur la fertilité ou l’âge de la ménopause. Beaucoup de filles exposées avaient des mesures comparables à celles des filles non exposées.

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Plusieurs spécialistes extérieurs vont plus loin. Interrogé par le Science Media Centre, un spécialiste des méthodes statistiques de l’université de Newcastle demande une interprétation « extrêmement prudente » : l’échantillon est réduit et les critères mesurés sont nombreux, ce qui augmente le risque de faux positifs.

Le professeur Dimitrios Siassakos, de l’University College London, questionne lui aussi la portée clinique de ces résultats et relève que tous les facteurs de confusion n’ont pas été pris en compte, selon IBTimes UK. C’est un point concret : une femme qui prend un antalgique a une raison de le faire, et cette raison peut elle-même peser sur la grossesse.

Que faire si vous en avez déjà pris ? #

Pas de culpabilité, et pas d’examen à réclamer pour votre fille sur la base de ce seul travail. Les chercheurs précisent que les résultats portent sur des moyennes de population et ne permettent de rien prédire pour une femme ou un enfant en particulier. L’autrice principale le dit sans détour : les femmes qui en ont pris ne doivent pas s’alarmer de ces résultats.

Si la question vous préoccupe, parlez-en simplement à votre sage-femme, votre médecin ou au pédiatre. Ces professionnels connaissent votre dossier, ce qu’aucun article ne peut faire.

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Et si vous avez de la fièvre ou mal pendant la grossesse ? #

N’arrêtez pas de vous soigner à cause de ce titre de presse. D’après l’équipe danoise, les recommandations européennes et britanniques continuent de placer le paracétamol en première intention contre la douleur et la fièvre lorsqu’un traitement est nécessaire. Elle rappelle qu’une forte fièvre ou une douleur sévère non traitées peuvent elles-mêmes présenter des risques pour la mère et le fœtus.

En France, le résumé des caractéristiques d’un médicament à base de paracétamol, sur la base publique des médicaments, indique qu’il peut être utilisé pendant la grossesse si cela s’avère cliniquement nécessaire. Il précise : à la dose efficace la plus faible, pendant la durée la plus courte et le moins fréquemment possible.

Ce cadre existait avant cette étude, et il garde tout son sens. La vraie question à se poser est plutôt celle du réflexe : un comprimé « par habitude » pour un petit mal de tête n’est pas la même chose qu’un traitement contre une fièvre. L’autrice principale invite justement à discuter de ce qui est nécessaire et de ce qui peut passer autrement.

Évitez aussi de remplacer le paracétamol par un autre antalgique sans avis médical : le choix d’un médicament pendant la grossesse se fait avec un professionnel de santé. La pharmacie reste un bon premier interlocuteur en cas de doute.

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Que reste-t-il à vérifier ? #

L’essentiel : ces écarts mesurés à trois mois persistent-ils à l’âge adulte, et ont-ils un effet sur la fertilité ? Seul un suivi au long cours des filles de la cohorte pourra répondre. D’ici là, cette étude constitue un signal à confirmer, pas une nouvelle consigne de santé.

Questions fréquentes #

Le paracétamol est-il interdit pendant la grossesse ?

Non. Il peut être utilisé si cela s’avère cliniquement nécessaire, à la dose efficace la plus faible, pendant la durée la plus courte et le moins fréquemment possible.

Cette étude montre-t-elle un risque d’infertilité pour ma fille ?

Non. La fertilité n’a pas été évaluée. Les auteurs indiquent que l’étude n’apporte pas de preuve d’un effet sur la fertilité future ou l’âge de la ménopause.

Faut-il arrêter son traitement après avoir lu ces résultats ?

Ne modifiez pas un traitement seul. Parlez-en à votre médecin, votre sage-femme ou votre pharmacien, surtout en cas de fièvre ou de douleur importante.

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