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Travail de nuit pendant la grossesse : ce que dit une étude japonaise sur le développement de l’enfant

Infirmières, aides-soignantes, agentes de logistique, caissières en horaires décalés : beaucoup de femmes enceintes continuent de travailler la nuit pendant une partie de leur grossesse. Une étude japonaise publiée cette semaine dans la revue Occupational and Environmental Medicine s’est penchée sur une question que beaucoup de futures mamans se posent sans oser la formuler : ces nuits de travail ont-elles un effet sur le développement de l’enfant ? Les résultats invitent à la vigilance, sans pour autant affoler.

Une étude sur plus de 31 000 mères #

Les chercheurs de l’université de Kyushu ont exploité les données du programme national JECS (Japan Environment and Children’s Study), une vaste cohorte qui suit des familles depuis la grossesse. L’article, référencé sur PubMed, a été mis en ligne le 27 octobre.

Comme le détaille 24matins, qui a analysé la publication, l’équipe a retenu 31 528 mères qui travaillaient au premier trimestre et qui ont ensuite rempli un questionnaire sur leur enfant à l’âge de 4 ans. Les participantes avaient été interrogées deux fois pendant la grossesse sur le nombre de nuits travaillées chaque mois.

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Trois profils ont été distingués :

  • 27 655 femmes n’ayant travaillé aucune nuit ;
  • 1 779 femmes ayant travaillé de nuit en début de grossesse, puis arrêté ;
  • 2 084 femmes ayant continué le travail de nuit aux deux moments de l’enquête.

Ce que montrent les résultats #

À 4 ans, les enfants ont été évalués avec un questionnaire de dépistage qui couvre cinq domaines : la communication, la motricité globale (courir, sauter), la motricité fine (manipuler, dessiner), la résolution de problèmes et le fonctionnement personnel et social. Il ne s’agit pas d’un diagnostic, mais d’un repérage des enfants qui mériteraient un examen plus poussé.

Sur l’ensemble de la cohorte, un peu plus de 13 % des enfants ont été repérés comme « à risque » dans au moins un domaine, selon le compte rendu de 24matins.

Arrêter en cours de route change la donne

Chez les mères qui ont cessé les nuits pendant leur grossesse, une seule association nette ressort : un risque supérieur de 24 % de difficultés en motricité fine par rapport aux mères sans travail de nuit.

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Quand le travail de nuit s’est poursuivi, le signal est plus large : risque accru de 29 % pour la communication, de 34 % pour la motricité fine et de 31 % pour le fonctionnement personnel et social. Les chercheurs avancent l’hypothèse d’une inflammation maternelle liée à la perturbation durable de l’horloge biologique, qui pourrait toucher les circuits neuronaux impliqués dans la motricité fine.

Le sommeil compte aussi

L’étude s’est également intéressée à la durée du sommeil déclarée aux deuxième et troisième trimestres. Dans cette analyse exploratoire, ce n’est pas le sommeil court qui ressort, mais le sommeil très long : dormir 10 heures ou plus était associé à un risque plus élevé d’anomalie dans au moins un domaine, comparé à un sommeil de 6 à 9 heures. Un résultat qui peut surprendre, et qui reflète sans doute d’autres facteurs (fatigue, état de santé, rythme décalé) que l’étude ne permet pas de démêler.

Pourquoi il ne faut pas paniquer #

Il s’agit d’une étude observationnelle. Elle montre une association, pas un lien de cause à effet. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes plusieurs angles morts : ils n’ont pas pu tenir compte de la rotation des horaires, du chronotype des mères (plutôt du matin ou du soir), de la charge de travail, de l’exposition à la lumière ou de l’heure de fin de poste.

Autre précaution : un risque « supérieur de 30 % » ne veut pas dire que 30 % des enfants sont concernés. Il s’applique à une proportion de départ relativement faible. La grande majorité des enfants dont la mère a travaillé de nuit se développent sans difficulté particulière. Enfin, la cohorte est japonaise, avec une organisation du travail et un système de santé différents des nôtres.

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La conclusion des chercheurs est d’ailleurs plus pratique qu’alarmiste : proposer des horaires plus souples aux salariées enceintes qui travaillent de nuit.

En France, la loi prévoit déjà un poste de jour #

Bonne nouvelle pour les futures mamans concernées : le droit français va déjà dans ce sens. Selon l’article L1225-9 du Code du travail, une salariée enceinte qui travaille de nuit est affectée sur sa simple demande à un poste de jour pendant toute la durée de sa grossesse et pendant le congé postnatal. Elle l’est aussi d’office si le médecin du travail constate par écrit que le poste de nuit est incompatible avec son état.

Ce changement de poste ne doit entraîner aucune baisse de rémunération. Une affectation dans un autre établissement suppose en revanche l’accord de la salariée.

Et si l’employeur ne peut pas proposer de poste de jour ? L’article L1225-10 prévoit qu’il doit en expliquer les raisons par écrit à la salariée et au médecin du travail. Le contrat est alors suspendu jusqu’au début du congé maternité, avec une garantie de rémunération : les indemnités journalières de la Sécurité sociale, complétées par l’employeur.

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Concrètement, que faire si vous travaillez de nuit ? #

Parlez-en tôt. La sage-femme ou le médecin qui suit votre grossesse peut évaluer votre fatigue et votre rythme de sommeil. Le médecin du travail, lui, est l’interlocuteur pour constater une incompatibilité avec le poste de nuit, et sa visite est confidentielle.

Vous n’avez pas à justifier votre demande de passage en horaires de jour : la loi vous l’accorde dès que la grossesse est médicalement constatée. Une demande écrite à votre employeur, avec copie de votre certificat de grossesse, permet de garder une trace.

Enfin, si vous avez déjà travaillé de nuit pendant votre grossesse, inutile de culpabiliser. Le suivi habituel de votre enfant, avec les examens prévus dans le carnet de santé, permet justement de repérer tôt un éventuel retard et d’y répondre. En cas de doute sur le développement de votre tout-petit, votre pédiatre ou votre médecin traitant reste la bonne porte d’entrée.

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